Les Alpes-Maritimes, par leur géographie contrastée, sont vulnérables
face aux sécheresses et au stress hydrique qui modèlent l’avenir hydrologique du territoire.
Depuis 2022, les Alpes-Maritimes enchaînent les épisodes de sécheresse, jusqu’à devenir l’un des départements les plus exposés au stress hydrique en France. À l’aube de l’été 2026, le comité de gestion de la ressource en eau, qui s’est réuni en avril 2026 pour la première fois, appelle déjà à une sobriété anticipée pour éviter d’atteindre des seuils critiques.
Entre littoral densément urbanisé, vallées préalpines et haut-pays de montagne, le département concentre des réalités hydrologiques très contrastées. Le Var, la Siagne, le Loup, le Paillon, la Roya, la Cagne ou la Brague drainent des bassins versants de petite taille, réactifs aux pluies intenses, mais vulnérables aux périodes prolongées de déficit pluviométrique provoquant des sécheresses importantes.
Ce fut le cas en 2022 où une saison de recharge déficitaire (40 à 60% par rapport à la normale) et un déficit pluviométrique annuel de −43%, ont entraîné une sécheresse exceptionnelle. A l’été 2025, la combinaison d’un mois de juin très chaud (jusqu’à +4 °C au dessus des normales) et d’un déficit de précipitations en juin et en juillet a entraîné une nouvelle dégradation rapide des débits des cours d’eau. Plus de 40 communes sont passées en alerte sécheresse et plusieurs en alerte renforcée, notamment sur les bassins de la Cagne, du Loup et de la Siagne, avec des restrictions d’usage pour les particuliers, les agriculteurs et les activités économiques.
Cette année la saison de recharge a débuté par un déficit pluviométrique de l’ordre de −40% fin 2025, montrant que les pluies de l’automne ne suffisaient pas à effacer l’héritage de la sécheresse estivale. Les précipitations de février 2026, globalement excédentaires, ont permis de réduire ce déficit à environ −7% en moyenne sur le département, mais avec des disparités importantes, certaines zones affichant encore jusqu’à −20%.
Ce rééquilibrage reste fragile avec un mois d’avril particulièrement sec. Sur la base du premier comité de gestion de la ressource en eau d’avril 2026, la préfecture indique que l’été 2026 pourrait être « plus chaud et sec que la normale » et appelle à une sobriété anticipée pour éviter d’atteindre des seuils critiques ».
Face à cette variabilité accrue, le suivi scientifique de la ressource est devenu un pivot de la décision publique dans les Alpes-Maritimes. Le Département et le SMIAGE maralpin diffusent ainsi le bulletin trimestriel InfoEau06, produit dans le cadre de l’Observatoire départemental de l’eau, qui synthétise l’état des cours d’eau, des nappes, des milieux aquatiques et des nappes profondes.
Les décisions de restriction s’appuient sur un faisceau d’indicateurs : débits des rivières, humidité des sols, niveaux des nappes souterraines, observation des assecs de cours d’eau et état du manteau neigeux. Des travaux prospectifs menés à l’échelle départementale estiment qu’une baisse d’environ 30% des débits des cours d’eau pourrait survenir d’ici 2050, accompagnée d’une diminution marquée du manteau neigeux d’ici la fin du siècle, ce qui modifierait profondément les régimes d’étiage et de crue.